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Entretiens écrits

Les nouveaux visages de la guerre

Le 1 Hebdo, 2 novembre 2022

« Gagner la guerre avant la guerre »

Comment qualifier la guerre déclarée par Vladimir Poutine à l’Ukraine?

Le Kremlin n’admet pas qu’il a déclenché une guerre d’agression. Le mot est tabou, dans l’illusion de ne pas inquiéter l’opinion russe. C’est le premier mensonge d’une série rhétorique émise par des acteurs pervers. La perversion consiste à dire une chose et son contraire, dans une posture de toute-puissance. Sauf que le réel refoulé finit par faire retour, avec les échecs militaires successifs, et la mobilisation partielle qui touche surtout les minorités ethniques des périphéries. Le seul chiffre donné par le ministère de la Défense est de 6 530 morts russes. Vingt-quatre seulement sont de Moscou. Tous les autres sont bouriates, mongols, tatars ou originaires du Daghestan. Le Kremlin utilise cette guerre pour se débarrasser des non-Russes… Et pour éviter que la population russe proteste, la mobilisation ne touche ni Moscou, ni Saint-Pétersbourg, ni les capitales régionales.

Dans la guerre d’Ukraine, côté ukrainien, l’arrière soutient l’avant. L’engagement est d’ampleur nationale, à la mesure des souffrances endurées. Ce qui interdit toute concession de la part du président Zelensky. Côté russe, l’armée est à l’image des maux de sa société, « en pire », constatait Léon Trotski chargé de bâtir une armée rouge. Les soldats se comportent en soudards comme on le découvre à chaque étape de la contre-offensive ukrainienne. L’agression militaire russe rappelle, dans l’argumentaire employé, l’annexion des Sudètes par le III Reich en 1938, où il s’agissait de « libérer » les Allemands des Sudètes de « l’oppression » tchécoslovaque, prétexte d’une ambition pangermaniste. Sans l’appui militaire occidental à l’Ukraine et sa détermination de résistance, ce scénario funeste se serait déroulé au terme de « l’opération spéciale» lancée le 24 février 2022.