Un an après sa première publication, Michel Foucher vous offre une nouvelle édition de la Bataille des cartes. Car le monde ne cesse de changer. Le globe connaît une réorganisation radicale, les cartes sont redistribuées, la planète se couvre de gigantesques chantiers, une connexion généralisée se bâtit, de nouveaux acteurs dessinent des visions du monde inédites et y projettent leurs ambitions économiques, culturelles et géopolitiques. Toutes nos cartes mentales – à nous Français, Européens, Occidentaux – méritent une profonde et intelligente mise à jour, sans crainte ni nostalgie. Comprendre le monde réel et ses enjeux passe par une nouvelle cartographie. En compagnie de Pascal Orcier, son cartographe, Michel Foucher s’est lancé dans un nouveau tour du monde. Passant de cartes anciennes en cartes inédites et d’une escale à l’autre, il nous livre les résultats de cet étonnant parcours, en reliant l’avenir au passé et en confrontant les perspectives. Grâce à lui, la Terre, notre Terre, nous révèle son nouveau visage.
Critique : Le Monde
« La Bataille des cartes », de Michel Foucher et « 2033. Atlas des futurs du monde », de Virginie Raisson : des planisphères géopolitiques Les deux livres abordent parfois les mêmes enjeux avec un traitement visuel et des données différents. Par Martine Jacot Publié le 14 décembre 2010
On entend parfois que les Européens ne brilleraient ni dans l’analyse géopolitique ni dans la prospective, trop prisonniers qu’ils seraient de leur ethnocentrisme et de leur importance supposée dans le monde nouveau qui émerge. Il est au moins deux auteurs qui, par leur somme respective, contredisent cette impression.
Michel Foucher, directeur de la formation à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), est convaincu de la fin de l’exclusivité occidentale dans les affaires internationales. Ce géographe invétéré le prouve par l’analyse, illustrée d’une série de cartes originales, réalisées par son complice, Pascal Orcier. Ainsi en va-t-il de la « carte mentale des banquiers » au niveau mondial, à l’heure où la crise financière américaine a démytifié la notion de compétence anglo-américaine dans ce domaine.
Carte mentale ? Nous assistons en effet, selon l’ex-ambassadeur Foucher, à une « bataille des représentations dont l’enjeu est le découpage du monde ». Aussi juxtapose-t-il les visions (bien différentes) de l’état du monde qu’ont le Brésil, l’Inde, la Chine, la Turquie, les Etats-Unis, la Russie, le Japon, ainsi que les grands pays européens. Il y adjoint les schémas, parfois compliqués, de leurs projets géopolitiques. Avec en parallèle un retour critique sur les cartes et les représentations d’antan, et leurs incongruités aujourd’hui constatées.
Si l’essor des pays émergents est souligné, Michel Foucher n’en considère pas moins la Chine et l’Inde comme des puissances globales prématurées, qui ne sont pas encore sorties du sous-développement. Il observe aussi le malaise des Etats-Unis, soucieux de travailler avec les autres puissances mais à leurs propres conditions, tout en refusant la multipolarité. Les autorités américaines sont, en somme, à la recherche de la « carte mentale » de leur nouveau statut. Quant à la France, Michel Foucher conclut sur la nécessité pour elle de rebâtir une influence…
Avec le cartographe Alexandre Nicolas et les graphistes Christian Garon et Véronique Desanlis, l’analyste Virginie Raisson, coauteur des deux premiers volumes du Dessous des cartes, propose, elle, un ouvrage avant-gardiste sur la forme, qui mêle cartes et infographies très stylisées.
Sur le fond, il fallait oser s’aventurer dans un Atlas des futurs du monde. Sa méthode a consisté à « sélectionner puis à associer des projections établies à quinze, vingt, voire vingt-cinq ans ». Or, reconnaît-elle, « si les projections démographiques restent fiables à de telles échéances, les modèles utilisés dans les domaines économiques ou énergétiques sont plus aléatoires ». Elle présente plutôt « des esquisses du futur », non pour prédire l’avenir, mais « pour donner à comprendre les mutations à l’oeuvre et inviter autant au débat qu’à l’action ».
Les deux livres abordent parfois les mêmes enjeux avec un traitement visuel et des données différents. C’est le cas, par exemple, de ce que Virginie Raisson appelle « le grand Monopoly des terres arables » et Michel Foucher « la globalisation foncière » (États acheteurs de terres, pays cibles des acquisitions et superficies vendues). Dans chacun des cas, ces planisphères sont aussi riches d’enseignements géopolitiques, voire de prospective, qu’une conférence sur le sujet.

